La maca (Lepidium meyenii) est une racine cultivée depuis plus de 2 000 ans sur les hauts plateaux des Andes péruviennes, à plus de 4 000 mètres d’altitude. Utilisée à l’origine comme aliment de base et comme remède traditionnel pour renforcer l’endurance et la fertilité, elle suscite aujourd’hui un intérêt croissant dans la recherche scientifique. Énergie, équilibre hormonal, fonction sexuelle, symptômes de la ménopause : les effets qui lui sont attribués sont nombreux. Mais que dit réellement la science ? Les études disponibles montrent des résultats encourageants, tout en soulignant que les preuves restent encore limitées en volume et en qualité méthodologique. Cet article fait le point sur ses mécanismes d’action, les données cliniques actuelles, les dosages validés et les précautions indispensables.
Un adaptogène qui agit sur l’axe hormonal sans contenir d’hormones
La maca est classée parmi les plantes adaptogènes, c’est-à-dire les végétaux qui aident l’organisme à mieux résister au stress et à restaurer son équilibre. Mais contrairement à une idée répandue, la maca ne contient ni phytoestrogènes ni hormones. Son mode d’action est indirect : elle agit sur l’axe hypothalamo-hypophysaire, le système de régulation central qui pilote la production hormonale du corps (ovaires, testicules, surrénales, thyroïde).
En stimulant ce « poste de commande », la maca ne fournit pas d’hormones de l’extérieur : elle aide l’organisme à optimiser sa propre production. Cette distinction est essentielle, car elle explique pourquoi la maca n’a pas les mêmes contre-indications que les traitements hormonaux substitutifs, tout en produisant des effets mesurables sur le système endocrinien. C’est aussi ce qui la différencie d’autres adaptogènes comme la rhodiola, qui agit davantage sur le cortisol et les neurotransmetteurs de l’humeur.
À lire aussi sur ce sujet :
Rhodiola rosea : la plante de la résilience au stress
Ce que disent les études cliniques
La recherche sur la maca est encore jeune comparée à d’autres plantes, mais plusieurs axes ont été explorés dans des essais cliniques.
Énergie, vitalité et endurance
La maca est traditionnellement consommée par les populations andines pour combattre la fatigue liée à l’altitude. Les études modernes confirment que les utilisateurs rapportent régulièrement une amélioration subjective de l’énergie et du bien-être général. Une revue complète publiée dans BMC Complementary Medicine and Therapies (2024) note que les participants prenant 1 500 à 3 000 mg de maca par jour rapportent une sensation accrue de vitalité, sans les effets stimulants ni les « crashs » associés à la caféine. Ce profil la rend intéressante pour les personnes qui cherchent un soutien naturel à l’énergie quotidienne, en complément d’une bonne hygiène de vie.
Fonction sexuelle et libido
C’est l’effet le plus étudié. Une revue systématique publiée dans BMC Complementary and Alternative Medicine, portant sur 4 essais cliniques randomisés contre placebo, a conclu que la maca présente des preuves limitées mais favorables d’un effet positif sur le désir sexuel, chez les hommes comme chez les femmes. Un essai mené sur des femmes sous antidépresseurs ISRS (dont la baisse de libido est un effet secondaire fréquent) a montré une amélioration de l’intérêt sexuel, de l’excitation et de la satisfaction après 12 semaines de prise quotidienne.
Point important : la maca semble agir sur le désir et le bien-être subjectif, mais les études n’ont pas montré de modification significative des taux d’hormones sexuelles (testostérone, œstradiol) dans le sang. L’effet passerait donc par des voies non hormonales directes, probablement liées au système nerveux central.
Fertilité masculine
La question de l’effet de la maca sur la qualité du sperme a fait l’objet de plusieurs études. Une méta-analyse publiée dans Frontiers in Pharmacology (2022), portant sur 5 essais cliniques randomisés, montre des résultats mitigés : certaines études observent une amélioration de la motilité et de la concentration des spermatozoïdes chez les hommes infertiles, mais la méta-analyse globale n’atteint pas le seuil de significativité statistique. Autrement dit, les signaux sont là, mais les échantillons restent trop petits pour conclure fermement.
Symptômes de la ménopause
Plusieurs essais cliniques, dont une étude croisée en double aveugle sur 124 femmes ménopausées, ont montré que la maca réduit significativement la fréquence et la sévérité des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes et des troubles de l’humeur associés à la ménopause. Le score de Kupperman (un indice qui mesure l’inconfort ménopausique) est passé de 22 à 10 après 4 mois de traitement. Ces résultats ouvrent une piste intéressante pour les femmes qui cherchent une alternative non hormonale, mais des études de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ces données.
Pour mieux comprendre les mécanismes en jeu dans ces variations hormonales, notre article sur la santé hormonale et le déséquilibre hormonal apporte un éclairage complémentaire.
Composition et principes actifs
La racine de maca est riche en nutriments : acides aminés essentiels, fer, calcium, zinc, magnésium, vitamines du groupe B et vitamine C. Mais ses effets spécifiques sont attribués à des composés bioactifs propres à la plante : les macamides, les macaènes, les glucosinolates et les alcaloïdes de la maca.
Il existe plusieurs variétés de maca, identifiées par la couleur de leur racine (jaune, rouge, noire). Chacune présente un profil biochimique légèrement différent. La maca jaune est la plus courante et la plus étudiée. La maca noire montre des effets plus marqués sur la spermatogenèse dans les études animales. La maca rouge a démontré un effet protecteur sur la prostate chez le rat. En l’absence de données cliniques suffisantes pour recommander une variété plutôt qu’une autre, la maca jaune gélatinisée reste le choix le plus documenté.

Dosage, forme et conseils d’utilisation
Les études cliniques ayant montré des résultats utilisaient des dosages compris entre 1 500 et 3 000 mg par jour de poudre de maca gélatinisée (précuite pour retirer les amidons et faciliter la digestion) ou d’extrait équivalent.
Quelques repères pratiques :
- Quand la prendre ? Le matin ou en début d’après-midi, en raison de son effet énergisant. Évitez la prise le soir si vous êtes sensible aux stimulants.
- Sous quelle forme ? Poudre (à mélanger dans un smoothie, un yaourt ou une boisson), gélules d’extrait standardisé, ou maca gélatinisée (mieux tolérée sur le plan digestif que la poudre crue).
- Combien de temps ? Les effets s’installent progressivement sur 4 à 8 semaines. Les études sur la ménopause ont montré des bénéfices significatifs après 2 à 4 mois de prise quotidienne.
- Qualité du produit : privilégiez une maca d’origine péruvienne, biologique si possible, avec une traçabilité vérifiable. Vérifiez que l’étiquette précise la variété et le dosage.
Précautions, contre-indications et interactions
La maca est globalement bien tolérée. Une étude observationnelle portant sur 600 consommateurs réguliers dans les Andes n’a montré aucun effet indésirable notable sur les paramètres cliniques, la fonction hépatique, rénale ou le profil lipidique. Les effets secondaires rapportés dans les essais cliniques restent bénins : légers ballonnements, troubles digestifs occasionnels, sensation de nervosité à doses élevées.
Cependant, certaines précautions s’imposent :
- Cancers hormono-dépendants : bien que la maca ne contienne pas de phytoestrogènes, son action sur l’axe hormonal impose la prudence en cas de cancer du sein, de l’utérus ou de la prostate. Ne prenez pas de maca sans avis médical dans ce contexte.
- Troubles thyroïdiens : la maca contient des glucosinolates, des composés que l’on retrouve dans les crucifères (brocoli, chou) et qui peuvent, à forte dose, interférer avec la fonction thyroïdienne, en particulier en cas de carence en iode.
- Grossesse et allaitement : les données de sécurité sont insuffisantes. L’usage est déconseillé.
- Interactions médicamenteuses : peu documentées à ce jour, mais la prudence est de mise si vous suivez un traitement hormonal, anticoagulant ou antihypertenseur.
⚠️ Consultez toujours un médecin ou un pharmacien avant de commencer une supplémentation en maca, en particulier si vous suivez un traitement hormonal, si vous souffrez d’un trouble thyroïdien ou d’un cancer hormono-dépendant.
À lire aussi sur ce sujet :
Efficacité des plantes médicinales : ce que confirme la science
Sources scientifiques
- Lee, M.S. et al. (2016). The use of maca (Lepidium meyenii) to improve semen quality: A systematic review. Maturitas, 92, 64-69.
- Shin, B.C. et al. (2010). Maca (L. meyenii) for improving sexual function: a systematic review. BMC Complementary and Alternative Medicine, 10, 44.
- Lee, H.W. et al. (2022). Maca (Lepidium meyenii Walp.) on semen quality parameters: A systematic review and meta-analysis. Frontiers in Pharmacology, 13, 934740.
- Meissner, H.O. et al. (2006). Hormone-Balancing Effect of Pre-Gelatinized Organic Maca: (II) Physiological responses of early-postmenopausal women. International Journal of Biomedical Science, 2(4), 360-374.
- Gonzales, G.F. (2012). Ethnobiology and Ethnopharmacology of Lepidium meyenii (Maca), a Plant from the Peruvian Highlands. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2012, 193496.
